Bilan et perspectives pour RFI

Mon sentiment est que RFI dispose d’atouts considérables avec une couverture mondiale, 44 millions d’auditeurs chaque semaine dont 24 millions an Afrique où, pour des raisons historiques, RFI est « la » radio de référence, une chaîne en langue arabe vers le Moyen-Orient (12 millions d’auditeurs), une couverture forte de l’actualité, déclinée sous plusieurs formats, une vingtaine de langues, de nombreux partenariats avec des radios nationales ou locales qui démultiplient les diffusions des programmes produits par RFI, une bonne position sur les bandes FM, un site Internet (2 millions de visites quotidiennes) qui complète efficacement le média radio.
Tout ceci se fait avec un budget de fonctionnement modeste de l’ordre de 130 millions d’euros dont une subvention de 71 millions du MAE – constante en euros courants –, une contribution de la redevance audiovisuelle de 53 millions, et des recettes publicitaires (4 millions d’euros) qui progressent plus lentement que pour les autres médias. Les ressources publiques sont stagnantes, voire en décroissance en euros constants. Or RFI est une radio publique et ne doit pas consacrer son énergie à rechercher de la publicité.

La France dispose donc avec RFI d’un outil d’influence mondiale, à l’audience établie, leader pour deux zones du monde et pour des coûts raisonnables. Mais cet outil n’ a pas trouvé sa place dans la politique audiovisuelle extérieure. Autrement dit, cette politique, parfois confuse et erratique, n’utilise pas RFI, ne la valorise pas et ne lui donne pas les orientations stratégiques nécessaires.
Il y a d’abord le lieu commun selon lequel la radio « c’est fini », l’avenir ne pouvant être que l’image et donc la télévision voire l’Internet. Il s’agit clairement d’une erreur de diagnostic : la place de BBC world service le prouve, l’audition de RFI aussi.
La vérité est plutôt qu’il faut construire des liens, des synergies entre la radio, la télévision, l’Internet dirigés vers l’extérieur. De ce point de vue, la création d’une chaîne française d’informations internationales CFII voulue par le Chef de l’État pourrait être une occasion d’utiliser les capacités, les connaissances et les réseaux de RFI selon des formules d’association à mettre au point.
Il me semble aussi que dans ses perspectives stratégiques l’actionnaire de RFI doit assumer le fait qu’émettre dans près de 20 langues est une contrainte de service public, et doit être compensé financièrement. Émettre davantage en langue anglaise (je sais que je touche probablement là un tabou !) devrait être une orientation à développer, qui amènerait ensuite des auditeurs à la langue française. La Deutsche Welle le fait avec beaucoup de succès et sans que ce soit au détriment de la langue allemande. Une autre orientation pour les prochaines années devrait être le développement du site Internet, en plusieurs langues et dans le cadre d’une coopération – ou plus – avec la CFII à venir.

Affaire à suivre pour les Français de l’étranger, pour qui RFI est « leur » radio, mais aussi pour la place de la France et du français dans le monde.
 





    
  
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